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Travaux  > Écrits  > Rencontres  > Nancy, médiation  > La médiation scientifique, un devoir social et politique

vendredi 11 mai 2006, par Julie Reine

A l’issue de son intervention, Philippe Lazar, ancien Directeur Général de l’INSERM et Président du jury du Prix Diderot, a accepté de répondre à quelques questions.

> Selon vous, les sciences et la culture sont-ils deux mondes qui peuvent s’unir ?
Philippe Lazar : Il est très difficile de faire comprendre l’alliance fondamentale qu’il y a entre les sciences et la culture. La multiplicité des ministères en charge de ce dossier en témoigne. Un clivage préjudiciable, surtout dans nos sociétés imprégnées de science et de technique. Pour réduire ce fossé, il faut mettre en débat les différences et les parentés qui existent entre les diverses formes de création : scientifique et technique d’une part et littéraire et artistique d’autre part. Dans les deux cas, les processus d’évaluation existent. Les problèmes liés à la reconnaissance et au financement se ressemblent. Des points communs qui montrent que ces deux domaines sont plus proches qu’il n’y paraît.

> Peut-on vraiment parler de « création » dans le domaine scientifique ?
Ph. L. : Tout ce qui est nouveau est lié à la création, que ce soit dans le domaine artistique ou scientifique. Mais nous sommes dans une situation politique inquiétante où on ne reconnaît plus la création pour la création. Le dernier projet de loi sur l’orientation de la recherche le montre. Il vise à faire converger l’ensemble du processus de recherche vers des applications industrielles immédiates. Il faut se raccrocher à l’idée de création sans systématiquement recourir à la notion de productivité. Hubert Curien disait avec humour : « Ca ne sert à rien et j’en suis heureux ». Comme lui, je milite pour le droit à la « RANA » : la recherche appliquée non applicable !

> Quels sont les enjeux de l’alliance entre les cultures scientifique et littéraire ?
Ph. L. : La question du métissage des cultures scientifiques et littéraires relève de questions fondamentales. Elle renvoie directement à l’article premier de la Constitution : « la France est une République indivisible, laïque et démocratique ». Etablissant comme premier principe que la République est indivisible, la Constitution reconnaît que la société est complexe et pourrait en théorie être clivée en entités distinctes. En même temps, le texte rejette formellement l’idée de tout clivage de cet ordre et adjoint au premier principe celui de la laïcité. Provenant du grec laïkos (ce qui vient du peuple), cette notion élargie au sens étymologique concerne la diversité culturelle et ne se limite pas au seul cercle religieux. Ainsi pour garantir une nation indivisible il convient de créer des liens entre les différentes cultures. Les questions qui nous préoccupent aujourd’hui s’inscrivent donc dans une réflexion globale.
Julie Reine

P.-S.

Julie Reine


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