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Travaux  > Écrits  > Rencontres  > Séminaire franco-allemand de journalisme  > 2006- Berlin, génétique  > Professeur Erich Wanker, sociologue des protéines

vendredi 11 mai 2006, par Maja Wasyluk

Reportage réalisé au Centre Max Delbrück à Berlin...

Il est jeune, passionné et dynamique. Le Professeur Erich Wanker mène des recherches au Centre Max Delbrück de Médecine Moléculaire, implanté sur le Campus de Berlin-Buch, au nord-est de Berlin. D’un pas vif, il se dirige au Laboratoire des Mécanismes Moléculaires des Maladies Neuro-dégénératives. Est-il pressé ? Plutôt impatient de retourner à son travail. Le Professeur s’intéresse aux maladies cérébrales. Il étudie leurs mécanismes au niveau des gènes et leurs protéines grâce aux méthodes de la biologie moléculaire et du génie génétique. Au premier coup d’œil, son institut ressemble à d’autres laboratoires biologiques. L’odeur des produits chimiques parcourt un long couloir. Les salles de manipulations se suivent. A travers les portes mi-ouvertes, on aperçoit des éprouvettes et des flacons remplis de substances de toutes les couleurs. Le laboratoire semble désert. Pourtant c’est ici que l’équipe du Professeur Wanker a découvert les protéines impliquées dans le développement de la chorée de Huntington. Cette pathologie, communément appelée danse de Saint-Guy, se caractérise par des mouvements incontrôlés, un état de démence, avec une issue fatale après quinze ans en moyenne. Les symptômes apparaissent autour de la quarantaine. C’est une maladie génétique rare, mais chez les enfants dont l’un des parents est atteint, le risque de la développer est de un sur deux. Le gène responsable de cette chorée a été identifié il y a treize ans. Depuis, l’équipe du Professeur Wanker étudie son produit, la protéine huntingtine. Les résultats ont montré que lorsque le gène est muté, la huntingtine forme des agrégats, entraînant ainsi la destruction des cellules du cerveau. Le Professeur disparaît dans une salle assez spacieuse. Il sort une boîte plate, carrée, pleines de petites gouttes. Elles sont parfaitement alignées dans les rangs. « Chaque goutte est composée de cellules de levure, explique le Professeur, dans lesquelles ont été introduits deux gènes : celui de la huntingtine et un autre gène de la collection des protéines. » L’objectif de cette expérience est de tester toutes les interactions possibles entre les produits de différents gènes et la huntingtine. « Nous cherchons des protéines qui limitent l’agrégation de la huntingtine. » Les rangs des gouttes sont ensuite transportées dans une autre boîte qui comporte le milieu sélectif. L’image est tout à fait différente. Il n’y a que quelques gouttes de cellules visibles. « Seules les colonies exprimant les protéines qui interagissent poussent ici », explique le Professeur qui est très attentif à ce que le principe de l’expérience soit bien compris. Le visage du chercheur rayonne de satisfaction quand il se dirige vers une autre salle. Celle-ci est minuscule, au moins c’est l’impression qu’elle donne. En fait, tout l’espace est envahi par un immense robot. C’est la fierté du Professeur Wanker et de tout le Centre Max Delbrück. Cette machine révolutionnaire, baptisée « Spoutnik », est la plus perfectionnée au monde, exemplaire unique en Allemagne. Un ingénieur veille sur son fonctionnement devant le moniteur d’un ordinateur. Cette tâche demande de hautes qualifications et une précision extrême. Pourquoi appeler le robot Spoutnik ? « Il est le premier comme le satellite russe envoyé dans l’espace », rigole l’ingénieur, puis se rattrape « en fait, c’est parce qu’il fait des spots, c’est-à-dire des gouttes de colonies de levure sur les boîtes. » Voilà le secret de la précision d’alignement. A côté de Spoutnik, il y a un autre robot « Cyborg ». Il est plus petit et sert à préparer des solutions de cellules de levure avec les deux gènes. Ensuite Spoutnik les transpose dans les boîtes. Vitesse, précision, infaillibilité ! Et quels résultats ! 180 000 substances analysées, 180 interactions établies et une seule protéine (appelée GIT 1) qui inhibe l’agrégation de la huntingtine. Cette découverte de l’équipe du Professeur Wanker, permettrait dans les années à venir d’élaborer un traitement de la Chorée de Huntington. La réalisation de ce projet a ouvert une nouvelle piste de recherche. Premiers résultats, encore plus spectaculaires : l’équipe du Professeur Wanker vient d’établir le réseau de toutes les interactions entre les protéines humaines. 25 millions de tests ont été effectués ! Le Professeur est fier de partager ce savoir avec la communauté scientifique. « Tous nos résultats sont accessibles aux confrères. La science ne nous appartient pas. » Cette découverte initie une nouvelle phase dans les recherches moléculaires. Elles révolutionneront la médecine moderne.

Maja WASYLUK

P.-S.

Maja Wasyluk


NetVibes / Master-cs
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