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Travaux  > Écrits  > Rencontres  > Séminaire franco-allemand de journalisme  > 2006- Berlin, génétique  > Ethique et diagnostic génétique préimplantatoire en Europe

vendredi 11 mai 2006, par Paméla Huron


Les techniques scientifiques qui gravitent autour de la procréation ne cessent de se développer. Parmi elles, le diagnostic génétique préimplantatoire. Cette méthode est actuellement au cœur d’une réflexion européenne. Administrateur au Service de la Bioéthique du Conseil de l’Europe (Strasbourg), Laurence Lwoff présente les enjeux éthiques associés à ce technique de procréation en Europe.

Qu’est ce que le diagnostic génétique préimplantatoire ?

Il permet de déceler dans une cellule prélevée sur un embryon, des anomalies génétiques associées en particulier à des maladies des graves et incurables, la chorée de Huntington par exemple. Actuellement, se sont essentiellement les maladies résultant d’une anomalie sur un seul gène qui sont concernées par ce test. On parle de maladies « monogéniques ». Ce diagnostic s’adresse aux couples présentant un risque de transmission d’un caractère génétique à leur progéniture. Cette démarche permet d’éviter le choix difficile d’interrompre une grossesse si le problème génétique est identifié au cours du développement in utero. A partir des cellules sexuelles des parents, un embryon est créé en laboratoire, in vitro. Au stade où l’embryon est composé de huit cellules, l’une d’entre elles est prélevée et son ADN est analysé. Si l’anomalie génétique recherchée n’est pas décelée, l’embryon peut être transféré dans l’utérus de la mère.

Quels sont les problèmes éthiques soulevés par cette méthode ?

Ils tiennent tout d’abord à la nature même de l’intervention puisqu’il s’agit de prélever du matériel biologique sur un embryon. Par ailleurs, il implique la sélection d’embryons. Bien qu’elle permette d’avoir un enfant non porteur d’une anomalie génétique grave, le diagnostic préimplantatoire est considéré par certains comme relevant de l’eugénisme. Enfin, même si aucun problème n’a été constaté jusqu’à maintenant, on manque encore de recul, et les implications éventuelles pour les enfants nés après DPI ne sont pas encore bien connues.

Les pays européens ont-ils autorisé le diagnostic préimplantatoire ?

En Europe, les avis concernant le recours à cette méthode d’analyse varient nettement d’un pays à l’autre. Par exemple, en Allemagne, le diagnostic préimplantatoire est interdit alors qu’en France, il est autorisé. Toutefois, le Conseil national d’éthique allemand a fait état d’avis divergents sur cette question. Parmi les arguments avancés contre le diagnostic préimplantatoire, on trouve celui de la « totipotence ». Certains considèrent en effet qu’au stade du développement embryonnaire où le prélèvement cellulaire est effectué, les cellules - y compris donc celle qui va être détruite pour analyser le matériel génétique - sont encore totipotentes : elles ont la capacité de former chacune un embryon. Si les bénéfices tirés de cette méthode pour la santé de l’enfant à naître sont évidents, la question du statut de l’embryon intervient tout au long de ce débat. Pour les mêmes raisons, l’Irlande a choisi d’interdire la recherche sur l’embryon et le diagnostic préimplantatoire.

Qu’en est-il précisément en France ?

La France a autorisé la pratique du diagnostic préimplantatoire qu’elle ne considère pas relever de la recherche sur l’embryon - recherche interdite dans ce pays. Seuls deux centres français sont autorisés à pratiquer le diagnostic préimplantatoire : l’hôpital Antoine Beclert de Clamart et le centre hospitalo-universitaire de Strasbourg.

Quelles sont les dérives potentielles du diagnostic préimplantatoire ?

Tout à l’heure, j’ai précisé que cette technique est appliquée essentiellement pour les maladies monogéniques. Il existe également des maladies liées à la fois à des gènes et à des facteurs dits « environnementaux ». Elles sont qualifiées de maladies multifactorielles. Selon l’exposition à divers facteurs environnementaux, la probabilité de développer la maladie est très variable d’un cas à l’autre. Cependant, dans l’avenir, il pourra être tentant de chercher à identifier la ou les anomalies génétiques associées à ce type de maladie - bien que son développement ne dépende pas uniquement de la génétique. Par ailleurs, cette technique est également appliquée à la recherche d’immunocompatibilité. Bien que motivée par le même souhait de procréation et réalisée de la même façon, son but diffère. Il s’agit de sélectionner un embryon le plus proche possible sur le plan immunologique d’un frère ou d’une sœur malade dans le but de traiter ce dernier ou cette dernière. Cependant, cette utilisation du DPI soulève des problèmes éthiques en raison notamment de l’objectif même de la création et de la sélection d’un tel embryon. On ne peut négliger également les difficultés psychologiques au sein de la famille et pour cet enfant que certains qualifient de « bébé médicament ».

Propos recuillis par Paméla Huron

P.-S.

Paméla Huron


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