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jeudi 6 janvier 2011, par Anaïs Le

De nombreux éditeurs de jeux se tournent aujourd’hui vers la science espérant ainsi doper leurs ventes. Le contenu scientifique saupoudré à tout va semble parfois cependant nuire au jeu plutôt que d’apporter un quelconque piment. On peut se demander si la science elle-même n’est pas davantage desservie que le jeu par cet assemblage problématique. Pour répondre à ces questions, les jeux Spore, Créatures et Bioviva sont décortiqués, disséqués et observés à la loupe.

La vente de jeux vidéo ne dépend pas de sa scientificité : le cas de Spore

Dans Spore, vous êtes un dieu amené à gérer cellule et galaxie, en créant et dirigeant des créatures saugrenues et des civilisations entières. Si Spore a su convaincre un public important depuis sa création en 2008, ce n’est certainement grâce à sa rigueur scientifique. En effet, de nombreuses contradictions et aberrations apparaissent dans un jeu néanmoins prenant et graphiquement attrayant.

Son créateur Will Wright a essayé dans ce simulateur de vie géant, de laisser au joueur la possibilité de tout contrôler. Physiquement, les créatures peuvent posséder une multitude de caractères. Dans leurs faits et gestes, ils peuvent adopter une position défensive face aux autres créatures, ou plutôt offensive pour gagner des terres et contrôler d’autres civilisations.

Pourtant, malgré un travail de créativité et de design grandiose, de nombreuses critiques émergent de tous horizons. D’abord, les créationnistes voient en ce jeu une hérésie populaire, car le jeu Spore laisse apparaître la vision selon laquelle les êtres vivants sont issus de l’extraterrestre ! Ceci est en contradiction totale avec l’idée créatrice et exclusive dédiée à Dieu. Des sites anti-Spore ont fleuri aux États-Unis dans lesquels les internautes accusent Wright d’inciter les jeunes à croire en la théorie de l’évolution. Une hérésie, donc. Mais Spore ne se positionne pas non plus du côté des partisans de Darwin. Dans le jeu, pour obtenir des caractères évolutifs tels que de nouvelles mains ou une paire d’yeux, il suffit de cliquer sur quelques boutons. Une créature peut ainsi passer d’un stade herbivore à un stade carnivore en un rien de temps. L’évolution se fait donc au gré de chacun. Darwin pourrait se retourner dans sa tombe.

De même, toute idée de sélection naturelle est inconnue dans ce monde où, lorsqu’un être meurt, il est régénéré et revient à la vie en quelques secondes. Les formes de vie les moins à même de survivre ne disparaissaient pas, mais coexistent avec des créatures munies de caractères parfois loufoques et surtout sans utilité évolutive. Une équipe de scientifiques s’est amusée à tester ce jeu dans un laboratoire pendant un mois. Publiée dans Science Magazine, la conclusion tirée est la suivante : « le problème n’est pas seulement que Spore ne respecte pas la science ou contient un certain nombre de choses fausses. C’est censé être un jeu, après tout, mais plutôt, il tire l’essentiel de la biologie d’une mauvaise manière, inutilement, et souvent de façon bizarroïde ».

Une réponse à l’origine de la vie : la panspermie ?

La théorie de la panspermie remonte au début du 20ème siècle : les premiers germes qui seraient la base de la vie proviendraient du cosmos. Ces spores auraient été poussées par la pression des radiations des étoiles pour atteindre la Terre. Le jeu Spore s’inspire largement de cette théorie que de nombreux scientifiques n’ont cessé de contredire. La première critique vise à affirmer qu’aucun organisme vivant ne pourrait survivre à un voyage interstellaire sous les rayonnements cosmiques. La seconde est que, jusqu’ici, aucune preuve d’une quelconque vie extraterrestre n’a été trouvée.

Pourquoi Will Wright a-t-il pris la position de mettre en avant une telle théorie ? Par provocation certainement. Les controverses sur les origines de la vie font parler d’elles. Après tout, toute publicité est bonne à prendre. L’effet marketing escompté a porté ses fruits. S’il ne prend parti, ni des créationnistes, ni les évolutionnistes, il se met à dos tout le monde et son jeu fait un carton ! Si la science n’est pas au rendez-vous, il faut bien avouer que ce jeu fait réfléchir sur une théorie nouvelle, aussi saugrenue soit-elle.

La science ne fait pas vendre : le cas de Créatures

Steve Grand a également traité de l’évolution dans son jeu Créatures. Si on ne peut pas parler d’échec commercial même si son jeu connaît un succès largement inférieur à celui de Spore. Malgré ses trois opus, Créatures ne rencontre plus la gloire. La fin de l’aventure sonne en 2003.

C’est l’exemple parfait du jeu techniquement irréprochable qui n’a pas trouvé son public. Bien que Créatures soit considéré comme le jeu pionnier de l’intelligence artificielle et que de nombreux scientifiques aient travaillé avec Grand pour peaufiner le moindre détail en biochimie, génétique ou neurobiologie.

Les joueurs sont chargés de développer les « Norns », créatures bien particulières afin que ces derniers aient une descendance viable et forte. Contrairement aux créatures de Spore, chaque Norn a sa volonté qui lui est propre. Cela change tout puisque leurs faits et gestes ne sont pas contrôlés par le joueur, c’est ce qu’on appelle l’« intelligence artificielle ».

Le joueur doit les pousser à apprendre à parler, manger ou se défendre par leurs propres moyens face aux méchants Grendels. Le but étant d’offrir des gènes, c’est-à-dire des traits génériques coriaces, utiles à leur descendance.

Dans une interview, Steve Grand affirme que « Nous avons déjà surpris deux créatures en train de s’amuser à se lancer un ballon. C’est assez effrayant car nous n’avons jamais programmé ce comportement : ils l’ont développé eux-mêmes. Nous n’avons aucune idée des conséquences de ce que nous avons déclenché (…) ».

Ses créatures ont un comportement et prennent des décisions et initiatives sur lesquelles le joueur n’a pas son mot à dire. Le joueur ne peut faire varier leur caractère que par l’éducation. Leur mission tient donc dans l’inculcation de valeurs qui poussent les Norns à agir dans un sens ou un autre. C’est ce qui donne la force à ce jeu : les joueurs ne sont pas de simples marionnettistes, mais ils apprennent des erreurs de leur création.

Les traits évolutifs apparaissent dans les gènes des Norns après de nombreuses générations. Les Norns déviants, moins intelligents ou n’ayant pas les gènes appropriés disparaissent. Un genre de sélection naturelle qui rapproche volontiers le jeu de la théorie de Darwin.

Une piste pour allier vente de jeu et sciences : l’écologie. Le cas de Bioviva

Une nouvelle solution toute trouvée peut amener les sciences dans les jeux : la conscience écologique. L’effet « réchauffement climatique » fonctionne sur un public demandeur. Les clients accourent aisément lorsqu’il s’agit de se rapprocher de la nature ou du développement durable et de former des éco-citoyens. C’est le cas de Bioviva, un jeu qui a su surfer sur la vague du bio, du vert et du sans gaz à effet de serre. Ce jeu de plateau se présente sous la forme de questions-réponses. À chaque bonne réponse (sous-entendue respectueuse la nature), le joueur gagne des points qui lui permettent de remporter la partie. Il doit pour ce faire, parcourir les milieux naturels et y résoudre les énigmes à propos de leur biodiversité propre.

Malgré un aspect moralisateur indéniable, Bioviva a séduit parents et enfants. Les anecdotes et cartes « agir au quotidien » rapprochent les joueurs de la réalité et les poussent à réfléchir à leur propre situation. Et ce, tout en leur apprenant les caractéristiques environnementales des régions du globe. La démarche donne un cachet à la science naturelle tout en gardant le côté ludique des jeux en famille, au même titre que le Monopoly ou le Scrabble.

Anaïs Le

De nombreux éditeurs de jeux se tournent aujourd’hui vers la science espérant ainsi doper leurs ventes. Le contenu scientifique saupoudré à tout va semble parfois cependant nuire au jeu plutôt que d’y apporter un piment nécessaire. On peut se demander si au delà du jeu, la science elle-même n’en est pas davantage desservie. Pour répondre à ces questions, les jeux Spore, Créatures et Bioviva sont décortiqués, disséqués et observés à la loupe.


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