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vendredi 22 janvier 2011, par Stéphanie Robert

Il est celui qui conçoit, coordonne et réalise un ouvrage. Ce qui fait le cœur de métier de l’édition est aussi confié à des prestataires par les maisons d’édition. Une profession peu visible, mais avec des débouchés pour les rédacteurs scientifiques.

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Crédit : Renée Wathelet – Flickr (licence CC)

« Les packagers communiquent très peu. De ce fait, il est difficile de savoir qui travaille dans ce domaine et d’avoir des chiffres » explique Alexandre Fine, responsable pédagogique à l’Asfored (Centre de formation des professionnels de l’édition), mais aussi responsable de fabrication pour Bambook, petite entreprise de packaging. « Ils semblent être de plus en plus nombreux. Pour la bonne raison que les postes d’éditeur en CDI dans les maisons d’édition se raréfient, le nombre des free-lance augmente. » Depuis plusieurs décennies déjà, les maisons d’édition confient couramment les étapes de relectures/corrections et de mise en page à des free-lance. Ce que l’on sait moins, c’est qu’elles sous-traitent également ce qui fait leur cœur de métier : la conception et la réalisation d’ouvrages. « Les éditeurs attendent d’un packageur de la créativité. En interne, celle-ci s’essouffle. Ils veulent de la nouveauté, tout en veillant à ce qu’elle reste dans leur ligne éditoriale. »

Le terme packager est emprunté à l’anglais, car le métier est beaucoup plus développé dans les pays anglo-saxons qu’en France. Très souvent, le packager exerce les deux facettes du métier. La première est le packaging éditorial à part entière, il conçoit et développe un projet éditorial, depuis l’idée jusqu’à sa réalisation et le vend clé en main à une maison d’édition. Dans les autres cas, la maison d’édition a le concept et fait appel à un packageur pour le réaliser, en partie ou en totalité : recherche et coordination des auteurs et illustrateurs, rédaction, traduction, mise en page, relecture, corrections. Dans tous les cas, l’ouvrage parait sous le nom de l’éditeur. « Travailler comme sous-traitant est plus lucratif, cela nous permet de vivre et de pouvoir travailler sur le développement de projets éditoriaux. Ce qui est beaucoup plus intéressant, mais qui nécessite plus de temps » estime Alexandre Fine. A eux, ensuite, de démarcher les éditeurs et de les convaincre de l’originalité de leur idée.

L’importance du réseau

Les packageurs sont des professionnels de l’édition qui ont choisi de s’installer à leur compte. Ils bénéficient ainsi d’un réseau, qui constitue leur plus grande force. Leurs clients, les maisons d’édition, sont leurs anciens employeurs ou des amis. Autre réseau nécessaire : les auteurs, illustrateurs, journalistes, graphistes, photographes, maquettistes, tous ces collaborateurs auxquels ils font appel pour réaliser l’ouvrage. Le sous-traitant sous-traite à son tour. Certains packagers deviennent par la suite des maisons d’édition à part entière, comme les éditions Sarbacane. La plupart des produits ainsi réalisés sont des ouvrages illustrés : encyclopédies, beaux-livres, jeunesse, guides pratiques.

L’éditeur packager travaille seul, en free-lance, ou au sein de petites entreprises, de 2 à 5 salariés. Jean-Philippe Moreux, 40 ans, à son compte depuis 2005, affiche une double compétence : ingénieur informatique et éditeur scientifique. « J’ai commencé dans l’industrie informatique, mais je m’ennuyais. J’ai alors suivi une formation dans l’édition. Et j’ai très vite trouvé un travail, comme responsable éditorial. L’édition littéraire est saturée et les candidats nombreux, mais dans l’édition universitaire et technique, c’est rare de trouver des spécialistes qui ont envie de faire des livres ! ». Il avoue bien gagner sa vie. Ses atouts : son réseau, sa connaissance pointue dans l’informatique et les sciences et sa polyvalence.

Contrairement à ce que l’on imagine, ère numérique oblige, le nombre de livres publiés en France augmente chaque année (66 000 nouveautés en 2009, selon le Centre National du Livre, deux fois plus qu’il y a 10 ans), ce qui augure d’un avenir encourageant pour les packagers. Ce qui l’est moins c’est leur rémunération : « les tarifs sont inférieurs à ce qu’ils étaient il y a 10 ans » selon un packager cité dans l’enquête de l’Asfored . Valérie Chansigaud, titulaire d’un doctorat et auteure scientifique, a travaillé dans l’édition : « Chez un packageur, c’est un peu comme dans les ateliers de confection turcs ou chinois. Il y a plein d’ordinateurs rangés les uns à côté des autres, on fait travailler des gens à des prix absolument indigents par rapport à leur temps de travail, puis on réalise des produits richement illustrés que certains éditeurs de renom font paraître sous leur propre nom. »

Stéphanie Robert


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